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 Le Lac ( Milosz)

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teliss
plume d'Alcyon
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Masculin Nombre de messages : 1773
Localisation : Paris
Date d'inscription : 01/10/2007

MessageSujet: Le Lac ( Milosz)   Mar 25 Déc - 21:37



Le Lac

Quand mon cœur s’assombrit, quand l’orgueil m’abandonne,
Quand je voile ma face aux visages rieurs,
Je pense à toi, Léman, pur miroir où l’automne
Rajeunit son mirage en le baignant de pleurs;
Léman, ami de ceux que l’espoir abandonne.

Si dolent et si pur, si sévère et si tendre !
Que ne nous sommes-nous, Léman, connus plus tôt !
Nous étions si bien faits, tous deux, pour nous entendre,
L’un le frisson du cœur et l’autre le sanglot !
Beau lac dolent et pur, ami sévère et tendre !


Un amour fier et triste avait fait son nid d’aigle
Dans mon cœur sombre et nu comme un creux de rocher ;
Mais il ne connaissait ni mesure ni règle
Et j’eus souvent depuis à me le reprocher
Cet amour triste et beau comme le regard de l’aigle.

L’amour s’obstine en vain à racheter la terre;
Son royaume est ailleurs; il n’a jamais régné
Sur cet amas de boue hostile et solitaire.
Ainsi, le désespoir au cœur, je m’éloignai,
Sentant bien que l’amour n’est point de cette terre.

Mais j’avais emporté dans un pli de mon âme
Le mystique parfum qui m’avait enivré;
Cet encens mélangé d’épices et de flamme
Crépitait doucement : partout je te suivrai
Brûlant d’un feu perfide au secret de ton âme.


Tu n’enflas pas ta voix comme la mer immense;
Tu levas vers mon cœur ton long regard voilé.
Ce suprême pouvoir du rêve et du silence,
Par quel affreux malheur te fut-il révélé,
O toi qui m’es plus doux que l’océan immense ?

Et je devins l’ami de ton chaste rivage,
Le confident discret de ses arbres pleureurs ;
Et mon chemin imita, Léman au doux visage,
Le vol mélodieux de tes oiseaux pécheurs.
Béni soit le Léman et ses chastes rivages !

L’éternelle beauté sur toute autre l’emporte !
Et je dis dans mon cœur aux regrets sanglotants :
Quand nous l’avons connue elle était déjà morte;
L’amour n’est point le fils de l’espace et du temps !
L’éternelle beauté sur toute autre l’emporte !

Mes vers, sans réveiller les échos de ce monde
Mourront en même temps que le bruit de mes pas;
Mais toi, Léman, qui sais de quelle âme profonde
Ce poème a jailli, toi tu n’oublieras pas
Le chant et le chanteur disparus de ce monde.

_________________
Il n'y a que deux artistes, celui qui a créé son art et celui qui l'a appris.
Les deux sont dignes d'intérêt, mais le deuxième n'existe que parce que le premier est.
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