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 mes couleurs sur toile

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AuteurMessage
emilie
plume d'Hypolaïs
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Féminin Nombre de messages : 126
Localisation : Monaco
Date d'inscription : 08/11/2007

MessageSujet: mes couleurs sur toile   Mer 28 Nov - 15:28

Aujourd'hui j'ai choisi de reprendre mes pinceaux pour peindre ce tableau de POUSSIN intitulé "Paysage avec Orion Aveugle Cherchant le Soleil". Pourquoi ce tableau ? Je ne l'ai pas su tout de suite, mais au fur et à mesure de l'avancement de mes travaux.

Tranquillement, je prépare mes couleurs et mes pinceaux, ma toile et mon chevalet. J'observe une dernière fois l'illustration, et je me lance.

Je peins tout d'abord le ciel. Un ciel bleu azur, mais avec tout de même des nuages. Quelques uns sont blancs, mais là au fond, je peins un immense et menaçant nuage gris. C'est comme si je voulais gâcher ce tableau, comme si je voulais traduire la haine et la douleur qui se trouve au fond de moi. Mon coeur saigne d'un rouge vif en ces instants.

Ensuite je peins les collines. Ces hauteurs d'un vert tendre mais très flou quand je prends du recul face à ma toile. Ce recul aujourd'hui, je ne prends pas toujours le temps de l'atteindre avant de faire ou de dire quelque chose. Flou comme tous ces souvenirs, aussi, qui se brouillent dans ma tête et m'empêchent d'y voir plus clair, de voir une lueur d'espoir sur l'avenir.

Puis je prend le temps de dessiner ce qui se trouvera au second plan de mon illustration. Il y a tout d'abord de part et d'autre de ma toile de grands et magnifiques châtaigniers que même les ans ne semblent pas abîmer. Comme j'aimerais être comme ces arbres, forte et inébranlable, ne pas me laisser dévorer à petit feu par tous ces gens qui me fuient et me bousculent à cause de mon handicap. Après tout, ces arbres eux aussi ont une différence : ils sont sombres, presque noirs. Mais pourquoi sont-ils comme cela, que cachent-ils derrière leur feuillage et leur tronc noueux qu'on ne voit pas distinctement. . Aujourd'hui ce noeud je ne le vois pas, mais je le sens bien, il est là, tout au fond de moi. Je me sens si impuissante face à lui, ne sachant pas comme le défaire.

Entre ces grands arbres, je me décide enfin à ajouter quelque chose de plus optimiste et de plus gai : un chemin. Vous vous demanderez peut-être ce qu'il y d'optimiste dans le tracé d'une simple allée ocre et terne : eh bien pour moi ce chemin est tout bonnement la route vers le bout de ce tunnel complètement noir.

Mais que voudrait dire ce paysage si je n'y ajoutait pas de personnages ?

Tout d'abord je me décide à dessiner le personnage qui est perché là-haut sur son nuage très gris presque noir. Je regarde mon illustration modèle, mais je n'arrive pas à distinguer s'il s'agit d'un homme ou d'une femme. Je prends donc le parti de faire le croquis d'une femme. Une femme à la peau très blanche. On dirait qu'elle aussi est malade, mais non, bien au contraire. Si elle est là-haut perchée sur son nuage c'est pour montrer qu'elle est toute puissante parce que bien portante. Elle pense qu'avec sa toge rouge et sa couleur de peau, elle peut effrayer microbes, virus et autres maladies. Mais elle a tort, car quand la maladie à décidé de s'attaquer à quelqu'un, ce n'est pas à cause de sa couleur de peau : black, blanc, beurre, où est la différence ? De même pour la couleur des vêtements : qu'ils soient jaunes, rouges ou oranges, où est la différence ? Moi je n'en vois pas et pourtant certains en voient et n'hésitent pas à vous faire sentir que vous n'êtes pas à votre place sur cette terre. Quoiqu'il en soit la dame aux nuages, elle aussi est vulnérable, elle devrait se méfier, si elle ne veut pas redescendre vite sur la terre, et arrêter de se prendre pour une Sainte ; d'ailleurs elle ne porte pas d'auréole aux étoiles jaunes et scintillantes. En dessinant ce personnage, je me suis sentie bien vite mal à l'aise, car pour moi ce personnage n'a rien d'un humain, c'est tout simplement un monstre, un monstre au masque très sombre, hideux même. Il n'y a rien dans celui-ci qui peux permettre de dire qu'il porte le bien dans son coeur. D'ailleurs c'est à se demander s'il a un coeur, on dirait plutôt qu'il est fait d'une roche grise avec à la place du coeur un morceau de charbon très noir. Je préfère vite oublier ce personnage et passer à autre chose.

Je me décide donc à peindre l'homme qui se trouve sur le chemin le plus grand, que j'appellerai donc le géant. Ce géant sera le personnage principal de mon tableau et pourtant lui non plus ne porte rien de bien dans son coeur. Il est costaud, avec la peau mate, il a pour unique apparat une espèce de jupe grise, déchirée vieillie par le temps et les mites. Il a des cheveux bruns très sales. Je n'ose même pas parler de ces ongles de mains et de pieds, ils sont sales, noirs, presque pourris. Ses pieds d'ailleurs sont très abîmés à force de courir à même le sol. Il court sans s'arrêter sur le chemin, écrasant tout sur son passage. Cet homme me fait penser à la maladie qui avance toujours et encore, sans qu'on ne puisse rien faire. Elle est trop forte pour qu'on puisse la vaincre, si invincible que même le meilleur des traitements ne pourra rien changer.

Désormais je dois faire vite ma toile, elle doit être absolument terminée ce soir, je peins donc l'homme sur les épaules du géant. Cet homme ce pourrait être moi, essayant de lutter contre la maladie. Je m'agrippe aux cheveux de l'ogre, qui court et me fait vaciller de droite et de gauche, mais je résiste, je ne veux pas surtout pas le laisser prendre le dessus. Je veux pouvoir un jour voir cette lueur d'espoir qui se trouve au bout du tunnel... Je ne la vois pas encore, mais je sais qu'un jour j'y arriverai mais pour cela je dois me battre et ça je le sais. Je suis habillée d'une simple jupe jaunie et déchirée par les cahots que m'infligent l'ogre. Il ne sait pas, mais si je suis monté sur ses épaules, c'est tout simplement parce que je sais qu'il se dirige inexorablement vers la lumière du jour, d'ailleurs je le vois de là où je suis, au loin par delà les nuages le ciel est plus clair, on peut même voir quelques rayons de soleil.

L'ogre continue sa course, il heurte une souche pourrie, noire on dirait un cratère. De là-haut j'ai l'impression qu'il va tomber mais non, il continue son chemin. Ses pas font un bruit horrible, il écrase tout sur son passage. Au loin je vois quelques hommes, je ne les distingue pas assez bien pour pouvoir les dessiner, mais tout ce que je sais c'est qu'ils courent eux aussi vers la lumière. Ils ont peur que la maladie les terrassent. Ils ne savent pas qu'au bout de cette course infernale, il y a la liberté et la vie.

A présent mon tableau est terminé, POUSSIN ne l'avait certainement pas vu ainsi, mais pour moi ce tableau et ce long moment passé à en faire la copie, à été une forme de délivrance, car les émotions et les douleurs ne sont jamais autant sorties de mon coeur que depuis que j'ai peint ce tableau. A la fin de mon travail, j'ai voulu rebaptiser ce tableau : je l'ai appeler "Course vers la guérison". Avec ce tableau j'ai fait le tour des hôpitaux pour expliquer que la maladie et le handicap n'étaient pas si difficiles à vivre que cela, il suffit d'y croire encore et toujours.
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