Sous la Plume

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 Eugénisme

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Manganac
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MessageSujet: Eugénisme   Jeu 27 Déc - 21:00

EUGENISME


Samions, France, un petit village dans les Landes au milieu des pins.
Eugène et Sylvette travaillent dans leur exploitation agricole.
Eugène a cinquante trois ans, Sylvette cinq de plus.
Toute leur vie a été pareille à ce jour-là. Réveil à l'aube, nourrir le bétail, les volailles, ramasser les légumes, en planter d'autres, labourer les champs, traire les vaches...une vie de fermier en somme.
Une vie difficile mais ordinaire pour des fermiers.
Pourtant, un évènement allait bouleverser leurs habitudes.


A des millions de kilomètres de la Terre, une drôle de météorite, de couleur violette, en percuta une autre, tout à fait ordinaire mais d'une taille nettement supérieure. Le choc de l'impact fut terrible et la plus petite éclata comme du verre en des milliers de petits fragments.
Les débris furent projetés aux quatre coins de l'espace dont quelques-uns, dans notre système solaire.
Les morceaux étaient si petits qu'aucun télescope, professionnel ou pas, ne les remarquèrent quand il crevèrent notre atmosphère.
La plupart finirent désintégrés en plein ciel sauf un, de la taille d'une lentille qui frappa le dessus de la tête d'Eugène.
L'éclat météorique traversa le crâne et vint se loger dans le bulbe rachidien.
Le fermier tomba à genoux, le regard hagard, la bouche légèrement entrouverte.
A l'intérieur de son crâne, de microscopiques filaments violets s'insinuèrent entre les synapses du cerveau ce qui eut pour effet de parcourir le corps de l'agriculteur de spasmodiques tics nerveux.

Il se réveilla.

Etonné de se retrouver à quatre pattes, il se redressa et fut pris d'un mal de tête terrible.
Machinalement, il porta sa main sur la tête et la retrouva ensanglantée.
Titubant, il retourna à l'étable où était sa femme qui finissait de traire les vaches.
Se retournant, elle vit son mari, la main tendue devant lui, l'air complètement ahuri.
Elle se leva brusquement et renversa le seau de lait; le moment n'était pas à s'inquièter pour ça.
Sylvette épongea le crâne du fermier et dût se rendre à l'évidence...il n'y avait rien, aucune blessûre.
D'où pouvait bien provenir ce sang ?
Ils cherchèrent parmis les animaux si l'un d'eux avait été blessé mais aucun ne semblait l'être. Et ce n'est pas l'amnésie partielle d'Eugène qui allait leur faciliter la tâche.
L'hiver aidant, la nuit tomba assez vite. Une fois couché, les migraines redoublèrent d'intensité et forcèrent le pauvre homme à souffrir en silence pour ne pas réveiller sa femme qui avait eu une journée harassante. Depuis plusieurs jours, celle-ci se plaignait de violentes douleurs lombaires et devait à tout prix se reposer.
Le coquelinement du coq l'a sortit de ses rêves champêtres et, fait marquant, son mari n'était plus là. Depuis toujours, elle avait pris pour habitude de se lever avant lui pour lui préparer son petit-déjeuner. Elle le trouva dans le jardin, à côté d'une pile de légumes. Vu la quantité récoltée, celà devait faire plusieurs heures qu'il était là. Il lui avoua qu'effectivement, il n'avait pas fermé l'oeil de la nuit et que le meilleur moyen de passer son mal de tête était de penser à autre chose. Celui-ci avait fini, d'ailleur, par disparaître.
Le petit-déjeuner consommé, ils retournèrent chacun à leurs activités journalières.
Les températures supérieures à zéro étant parties faire un tour loin d'ici, il décida de couper de nouvelles bûches de bois, celles-ci venant à manquer près de l'âtre.
Il en posa une sur une soûche de hêtre et la fendit en deux d'un puissant coup de hâche qui par la même occasion fendit également la soûche.
Décontenancé, il en posa une autre sur une seconde soûche et réitéra son geste. Deuxième soûche ouverte en deux.
Il posa sa hâche et regarda ses mains, ce ne pouvait pas être une coïncidence.
Il s'était servi de ces soûches depuis des années et jamais n'était apparue la moindre entaille. Il ne pouvait s'agir que de lui.
Il se dirigea vers un tronc de belle taille et se rendit compte qu'il n'avait aucune difficulté à le soulever.
Paniqué, il courut voir sa femme et sentit le sol se dérober sous ses pieds comme s'il flottait sur un coussin d'air de trois quatre centimètres.
Il s'arrêta et ses bottes retrouvèrent le contact terrien.
Ses cris arrivèrent jusqu'aux oreilles de son épouse qui apparut angoissée. En guise de son courâgeux et fier mari, elle trouva un homme, raide sur ses deux jambes, tremblant de peur.

"J'ai volé...
-Volé quoi ?
-Moi, j'ai volé...
-Mais tu as volé quoi ?! S'exaspéra-t'elle.
-Tu ne comprends pas, je me suis envolé !!"

Ca y est, il était devenu fou.
Devant sa mine renfrognée, elle lui demanda de lui montrer ses nouvelles prouesses.
Il acquiessa mais à la condition qu'elle lui donne la main de peur de s'envoler trop haut.
Elle eut envie de le gifler, mais s'exécuta quand même.
Ils coururent tous deux pendant deux bonnes minutes et bien évidemment, rien ne se produisit.
Exaspérée, elle lui lâcha la main et stupéfaction, il s'envola.
Il était à présent à un mètre du sol et hurlait qu'on vienne l'aider à redescendre
Sylvette se jeta sur lui et le maintint au sol totalement abasourdie par ce qui venait de se passer.
Ils rentrèrent chez eux, main dans la main et sans courir.
Ils s'assirent chacun à un bout de la table.
La raison l'emporta sur la folie et elle le conduit dans l'étable.

"Vole, lui intima-t'elle.
Tu ne risques rien, i y a le toit."

Eugène prit son élan et s'envola.
Scène complètement surréaliste, il s'était agrippé à une poutre à six mètres du sol.
A peine eut-il le temps de demander comment descendre qu'il chûta lourdement. Sylvette s'apprôcha de lui, les yeux embués de larmes et sursauta quand elle le vit se redresser et s'épousseter comme si de rien n'était.
Mais que lui arrivait-il ?
Il resta enfermé dans l'étable, seul, toute la journée.
En début de soirée, Sylvette, la tête encore pleine de questions, ouvrit la grande porte de la grange et cherche frénétiquement son mari. Plus là.
Elle fouilla le bâtiment de fond en comble mais due se rendre à l'évidence, il était parti.
Soudain, elle crû entendre son prénom. C'était à la limite du persceptible mais elle l'aurait juré, c'était Eugène.
Ses yeux se posèrent sur chaque parcelle de terrain mais rien et encore cette petite voix qui la narguait.
Elle leva la tête et aperçue une forme noire qui grossissait à vue d'oeil. Elle se recroquevilla, les deux mains sur la tête et...Eugène se posa délicatement devant elle.
Levant les yeux, elle trouva son époux, fier comme un paon, la tête tournée vers la droite et le regard fixant sérieusement l'horizon. Elle ne pût s'empêcher d'éclater de rire.
Dépité, il retrouva une posture plus en adéquation avec le personnage; épaules relâchées, ventre de nouveau bedonnant et l'air ahuri.
Il avait passé la journée à s'exercer et ne se fit pas prier pour lui montrer l'étendue de ses nouveaux "pouvoirs".
Il fila en direction du champs où paissaient les vaches et les ramena une par une, les portant sur son dos et en volant pour éviter barrières et autres haies.
En moins de dix minutes, toutes étaient dans l'étable; bien plus efficace que les quarante minutes nécessaires habituellement. Puis, il désembourba leur tracteur avec une facilité déconcertante. Sylvette, à présent, était ravie de ce don du ciel et remercia Dieu pour ce cadeau inestimable. Leur labeur allait enfin devenir supportable.
Les jours passèrent et effectivement, leur vie était à présent beaucoup plus agréable. La fermière souffrait moins du dos et son mari trouvait même son travail amusant.
Une question cependant lui taraudait l'esprit: pourquoi ?
Pourquoi Dieu lui avait léguait cet immense pouvoir ?
N'était-ce pas égoïste de n'en faire qu'un usage personnel ?
Devait-il s'en servir pour le bien de tous ?
Après tous ses moments de tergiversation, le verdict tomba: il aiderait son prochain.
Priorité numéro une, camoufler son identité. Pas besoin de voir débarquer des milliers de curieux sur l'exploitation.
Engoncé dans un étriqué costume, fabriqué à la va-vite par son épouse et nanti d'une cagoule orange du plus bel effet, il s'admira devant la glace.
Il cacha son ventre proéminent derrière une large écharpe et se félicita du résultat.
Sylvette pouffa. Il y avait de quoi rire en effet, il ressemblait à un immense paquet cadeau, même le noeud y était.
Vexé, il arrâcha le tout, se rhabilla, ne gardant que son passe-montagne. Pourquoi s'embarrasser de superflu ?
Il décolla enfin à la verticale et scruta le sol à la recherche d'âmes en peine.
Quelques minutes après sa formidable ascension, il revint à son point de départ.
Sylvette était déjà partie vaquer à ses occupations, en l'occurrence, nourrir ses poules.
L'air penaud, il s'introduisit en cachette dans la maison et prit sa paire de lunettes. Il pouvait certes voler et soulever n'importe quoi mais son acuité visuelle ne s'était pas pour autant améliorée.
Il ressortit en catimini et s'élança de nouveau dans les airs.
Il ne fallut pas longtemps pour que débute enfin sa première mission. A deux cent mètres de sa ferme, un drâme se préparait. Une vache, s'étant échappée de son enclos, se tenait tranquillement au milieu de la chaussée. La menace d'une collision avec l'imposant bovidé était réelle.
Il fondit sur l'animal, le souleva et le reposa délicatement dans son pré.
Il répara en toute hâte la clotûre et attendit les remerciements du propriétaire du bovin...il attendit...longtemps. C'était sa vache.
Légèrement honteux, Eugène décida de s'éloigner de ses terres.
Il arriva dans le bourg du village voisin et se posa sur le toit de l'église. Personne ne le remarqua.
Soudain, une folle pensée lui traversa l'esprit, et si ses pouvoirs disparaissaient aussi vite qu'ils étaient venus ?
Ne pouvant se débarrasser de cette idée, il prit peur et glissa sur une ardoise. Il fit une chûte de quinze bons mètres et tomba devant quelques paroissiens.
Ceux-ci hurlèrent à la vue de cet homme cagoulé; ce ne pouvait-être qu'un bandit venu les détrousser.
Ils chassèrent l'intrus à coups de cannes et de cailloux.
Toujours perdu dans ses folles pensées, notre brâve fermier ne pût s'envoler et claudiqua jusqu'à l'orée du village.
S'étant envolé loin de chez lui, il rentra tard dans la nuit.
Sylvette, déjà folle d'inquiétude, paniqua lorsqu'elle le vit arriver, boitillant et dans un état lamentable.
Après quelques explications sommaires, il prit une douche et remarqua que les coups reçus n'avaient laissé aucune trâce. De plus, son boîtement n'était que psychologique.
Après une bonne soupe et surtout une bonne remise en question, il se coucha.
Les mois passèrent et le printemps chassa l'hiver.
Eugène avait retrouvé confiance en lui depuis plusieurs semaines et la vie à la ferme avait retrouvé son cours anormal. Les vaches continuaient de voler, les arbres se dessouchaient à la main, les clotûres se plantaient à coups de poing...Sylvette respirait. Les aptitudes exceptionnelles de son mari étaient de nouveau les bienvenues.
Les apitoiements, les doutes, tout celà était à présent oublié. Ne subsistait désormais qu'une seule envie, aider de nouveau son prochain.
Sa déconvenue précédente ponctuée de coups et d'injures, l'ayant malgré tout échaudé, il laissa le monde rural pour un petit tour vers le monde urbain.
Il atteignit en moins de trois heures la ville la plus prôche...qui se situait à un peu moins de cent kilomètres de son village. Ses formidables pouvoirs ne l'autorisaient pas à atteindre des vitesses faramineuses.
A peine eut-il posé pied à terre que déjà sa force fut quémandée. Un amas de tôles venait de se constituer à quelques mètres de lui. En effet, un feu tricolore défaillant avait provoqué une perte de repères ô combien précieux pour trois ou quatre automobilistes.
Trop de conditions sécuritaires finissaient par ankyloser les réflexes de ces citadins toujours pressés.
Précédant l'arrivée des secours, Eugène désincarcéra une femme dont une des deux jambes pendait mollement...cassée sans nul doute. Il se dirigea vers une autre voiture qui n'avait de voiture plus que le nom. Effectivement, celle-ci était prise en étau entre une grosse berline allemande et un camion de livraison.
Il arrâcha la porte et vomit.
Toute une famille venait en l'espace de quelques secondes d'être décimée. Le petit siège auto encastré dans le siège conducteur ne laissait aucun doute quant à la survie du nourrisson. Le fermier était effondré.
Il baissa la tête et se regarda dans l'éclat du miroir d'un rétroviseur, l'image renvoyée était celle d'un incapable.
Dieu s'était trompé.
Il n'était pas un super héros.
Devant lui venait de périr toute une famille et il n'avait rien fait.
A quoi servait cette force si elle ne permettait qu'à constater les dégâts ?
Perdu dans ses pensées moribondes, il réussit cependant à s'envoler au milieu d'une foule médusée.
Les flashs et autres cliquetis, dus aux appareils photos, se déchaînaient en direction de cet homme volant, occultant complètement l'horrible accident qui venait de se produire.
Le lendemain matin, tous les quotidiens, sans exception, titraient en première page: "L'Homme volant".
Déjà la veille au soir, les journaux télévisés s'étaient relayés l'information, faisant de cette nouvelle leur priorité. Les guerres, les accidents, les vols, oubliés.
Des dizaines de vidéos, pour la plupart de piètres qualité, circulaient dans tous les médias.
Eugène ne savait pas s'il fallait s'en réjouir ou au contraire en avoir peur.
Les jours défilèrent et aucune visite suspecte à la ferme n'était à déplorer.
Cette simple cagoule en laine avait suffit à éloigner les indésirables.
Malgré tout, une évidence s'imposait, la cagoule, c'était bien l'hiver...seulement l'hiver.
Il se confectionna, sommairement, un loup qui ne laissait apparaître que la bouche et le menton.
Il repartit à la ville.
Autour de son cou, se balançait une vieille paire de jumelles dont il se servait à la base pour la chasse.
Selon ses improbables calculs, plus il montait haut dans le ciel, plus il descendrait vite. D'où l'usage des jumelles.
Justement, l'accident "tant espéré" allait se produire. Un bus venait de caler sur les rails d'un tramway. Celui-ci arrivait.
Le chauffeur du tramway, trop occupé à draguer sa clientèle féminine, n'aurait jamais le temps de freiner à temps.
Eugène, plongea à la verticale tel un missile.
Le conducteur du tram tourna enfin la tête et appuya de toutes ses forces sur les freins.
Trop tard, la collision allait avoir lieu.
Ses deux mains devant le visage, il se prépara au choc.
L'impact fut bien là mais quasiment aucun dégâts visible.
Il ouvrit les yeux et vit un homme, à l'envers, le ventre plaqué contre la vitre.
Le fermier n'avait pû se redresser et se retrouvait dans cette position grotesque mais ô combien salutaire pour les passagers des deux véhicules.
Le bus démarra et Eugène se redressa enfin.
Il remit son masque et s'apprêta à repartir mais une foule massive se pressa tout autour de lui.
Oubliée son apparence peu enviable, tout le monde n'avait d'yeux que pour lui.
Le maire en personne accourut pour lui serrer la main.
Quelque peu gêné mais néanmoins assez fier, il accepta l'invitation proposée par le magistrat et le suivit jusqu'à la mairie.
La réunion extraordinaire se transforma en un florilège de compliments et autres remerciements.
Le soir venu, il raconta son périple à sa femme qui ne s'enthousiasma pas plus que ça.
Le lendemain, il retourna dans cette ville qui le vénérait.
Grâce à lui, plusieurs accidents furent évités dont la chute d'une grue sur le toit d'une école.
Ses grues justement si dangereuses furent remplacées par les bras musclés d'Eugène à qui on avait donné un téléphone dernier cri pour pouvoir être présent sur les chantiers qui avaient besoin de ses services.
Les poutrelles métalliques, les tuiles, les charpentes, rien n'était trop lourd pour lui.
Il rentrait chez lui de plus en plus tard, ne remarquant pas la lassitude de son épouse. Parfois même, il ne rentrait pas.
Sylvette n'en pouvait plus.
Les rares fois où le fermier rentrait, il ne s'occupait que de rentrer les vaches qui d'ailleurs ne fournissaient à présent que du lait frelaté. Celles-ci ne supportaient plus les voyages dans les airs et tombaient malades les unes après les autres.
Plus les jours passaient et plus la santé de Sylvette déclinait.
Ne pouvant plus s'occuper seule de la ferme, les fruits et légumes pourrissaient sur pied, la volailles étaient attaquées par les rats et les renards même les porcs tombaient malades...
Enfin, Eugène ne rentra plus.
Sylvette mourut...seule.
L'hiver emmena son manteau neigeux qui se déposa sans bruit sur l'exploitation agricole.
Le paysan était devenu si populaire qu'il ne se cachait plus derrière son masque et continuait d'aider son prochain comme il se l'était juré.
Sa notoriété grandissante lui avait permis d'avoir tout ce qu'il voulait et c'est ainsi qu'il avait pu, en témoignage de son aide, avoir un appartement luxueux et une voiture hors de prix.
Il se rendit à la ferme avec l'intention d'emmener sa femme, qu'il avait, il le savait, délaissé.
Il était tellement fier de lui.
Il arriva.
Pas un bruit, pas même un bêlement et chose encore plus étrange, aucune fumée de s'échappait de la cheminée.
Il ouvrit ou plutôt défonça la porte d'entrée et fut pris de vertiges terribles. L'odeur qui régnait dans la maison était terriblement présente.
Il monta les escaliers et poussa la porte de la chambre.
Sylvette se tenait là, méconnaissable, baignant dans un liquide corporel poisseux et surtout tenant une photo d'Eugène dans la main.
Le fermier déglutit puis vomit.
Il hurla encore et encore.
Sa tristesse se transforma en colère contre lui-même.
Ses larmes ne s'arrêtèrent pas de couler. Petit à petit, elles prirent une teinte rosée puis virèrent au violet.
Elles se mélangèrent au jus saumâtre dû à la décomposition du corps de Sylvette et des milliers de minuscules filaments mauves s'agitèrent en tout sens.
Eugène n'en croyait pas ses yeux, sa femme reprenait peu à peu forme humaine devant lui.
Deux yeux se reformèrent dans ses orbites laissées vacantes, la peau retrouva son teint hâlé et même ses cheveux repoussèrent.
Fébrile, il attendit qu'elle ouvre ses paupières.
La joie reprenait enfin le dessus sur la peine.
Qu'importe son statut ou sa renommée, désormais, il resterait là, avec sa femme, comme avant.
Il la prit contre lui, les yeux fixés sur son visage et...rien, Sylvette restait bel et bien morte.
Il se leva, ouvrit la fenêtre et prit son élan.
Il s'écrasa dix mètres plus bas avec sa bien-aimée dans les bras.
Sans le savoir, ses larmes, remplies de matières astrales, avaient redonné corps à sa femme mais s'étaient échappées du sien.
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