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 la légende de Miriabella

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kalystah
plume d'Hypolaïs
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Féminin Nombre de messages : 111
Localisation : Autriche
Date d'inscription : 08/11/2007

MessageSujet: la légende de Miriabella   Mer 14 Nov - 12:17

Ketsia-Gaïl fit une dernière fois le tour de son atelier pour vérifier que tout allait bien, par la même occasion, elle en profita pour donner deux ou trois conseils à ses apprentis. Puis, gracieusement, elle s'installa à son tour devant son ouvrage. C'est à ce moment là qu'une voix retentit dans la pièce:
- Mestra ! disait-elle.
Ketsia-Gaïl leva les yeux sur son élève, d'un air mi réprobateur, mi curieux.
- Oui, Naia-Gwenn ?
- Que représente le motif de ton ouvrage ? demanda la jeune elfe plus calmement.
- C'est une illustration d'un vieux conte, répondit Ketsia-Gaïl en souriant.
- Un vieux conte... répéta pensivement Milin avant de demander avidement: Lequel ?
Ketsia-Gaïl le regarda en pouffant. Manifestement, il avait envie qu'elle leur en fasse le récit. Et à en croire le silence qui régnait subitement dans l'atelier et les regards fascinés tournés vers elle, il n'était pas le seul... D'un coup d'oeil par la fenêtre, elle estima l'heure. L'après midi touchait à sa fin... Et ils avaient tous bien travaillé.
- Eh bien soit ! déclara-t-elle en souriant. Je vais vous raconter l'histoire de l'elfe rêveuse, Miriabella.
Tandis que ses apprentis s'installaient confortablement pour l'écouter, elle prit le temps d'observer son ouvrage et en caressa le motif... Puis, dans le silence, elle commença son récit:
"C'était il y a bien longtemps, sur la terre du Briluin...
Miriabella était une jeune elfe belle et charmante. Elle avait, dit-on, de longs cheveux d'or, des yeux de la couleur de l'océan après la tempête et un teint doux et pâle comme la neige. Sa voix, parait-il, était aussi légère et agréable que celle du rossignol. Ceux qui avaient eu l'occasion de parler avec elle la disaient polie et fort intelligente.
Mais Miriabella avait un défaut de taille: elle était rêveuse! Et cela la rendait distraite et maladroite. Et, pire que tout, cela la rendait terriblement solitaire. Elle passait ses journées à rêvasser, tant et si bien que le temps se mit à passer sans qu'elle s'en rende compte.
"Dans le même village, vivait un elfe du nom de Nycolah. Il n'était pas particulièrement beau et ne possédait pas de talents artistiques remarquables. Pourtant, il était fort, courageux et... patient... Nycolah aimait éperdument Miriabella et il faisait tout pour lui plaire. Malheureusement, perdue comme elle l'était dans ses rêves et ses propres illusions, elle ne vit jamais ce qui était pourtant notoire.....
"Jusqu'au jour où Nycolah fut victime d'un grave accident de chasse...
C'était un après midi pluvieux et sinistre. Nycolah suivait habilement la piste d'un cerf lorsque soudain, un énorme phacochère apparut devant lui!! D'un geste vif et précis, il décocha une flèche qui vint se planter dans le poitrail de l'animal. Mais la puissante bête était furieuse et, ignorant sa blessure, il fonça sur Nycolah. La défense du phacochère vint se planter dans l'aine du valeureux chasseur et il tomba lourdement sur les genoux. Cependant, refusant d'abandonner la lutte aussi facilement, Nycolah saisit son long couteau et il se redressa. Il attendit que la bête revienne sur ses pas. Celle-ci ne se fit attendre, elle chargea de nouveau. Nycolah feinta et, dans le même mouvement, il planta son couteau dans le flanc de son adversaire. Celui-ci rugit mais ne ralentit pas sa course. Il effectua un autre passage, puis un troisième... A chaque fois, Nycolah portait un coup à l'animal. Mais il perdait lui-même beaucoup de sang et il s'affaiblissait de secondes en secondes. Finalement, lorsque le phacochère s'écroula sous un ultime coup de couteau, Nycolah tomba à genoux, à bout de force. Il saisit néanmoins la corne de brume qu'il portait toujours à son côté et, puisant dans ses dernières ressources, il lança un appel de détresse.
Un jeune elfe qui chassait non loin l'entendit et vint à son secours... Au village, le guérisseur fit tout ce qui était en son pouvoir mais la blessure de Nycolah était trop grave et il était déjà trop faible... Il s'éteignit paisiblement dans la pénombre de sa chambre au cours de la nuit suivante. Et on dit qu'à l'ultime instant, c'est le nom de Miriabella qu'il prononça...
Lorsqu'on le lui dit, Miriabella ne comprit pas. Mais au cours des jours suivants, elle réalisa que quelque chose manquait dans sa vie. Elle réfléchit et, lors sa méditation, elle prit conscience que depuis de nombreux siècles, il ne s'était pas écoulé une journée sans que Nycolah vienne la voir pour prendre de ses nouvelles. Toujours, il avait répondu présent lorsqu'elle avait besoin d'aide. Toujours, il avait pris sa défense... Régulièrement, il lui apportait des cadeaux. Oh! Pas grand chose! Des babioles, quelques bijoux, des fleurs fraîchement cueillies.... Et elle s'était habituée à sa présence bienveillante à ses côtés sans jamais réaliser, pourtant, l'importance que toutes ces petites choses avaient pris dans sa vie et dans son coeur.... Douloureusement, elle comprit que non seulement, Nycolah l'aimait, mais que c'était réciproque...
Elle pleura longtemps cet amour si longtemps ignoré et désormais perdu...
Cependant, le temps continua de couler, imperturbablement, et Miriabella continua de vivre malgré tout....
"Plusieurs décennies plus tard, Miriabella se promenait dans la forêt en quête de quelques plantes médicinales lorsque soudain, elle perçut une voix qui lui était tout à la fois étrangère et familière... Curieuse, mais prudente, elle se dissimula derrière un bosquet et attendit... Bientôt, un humain s'avança sur le sentier. Il portait sur ses puissantes épaules le corps ensanglanté d'un jeune cerf. Tout heureux de sa chance et de son habileté, l'humain chantait. Elle le suivit discrètement durant quelques minutes. À ses yeux, cet humain avait quelque chose de mystérieux et il exerçait sur elle une sorte de charme irrésistible...
Elle le vit s'arrêter aux abords d'une rivière. Il y déposa lestement son fardeau. D'un rapide coup d'oeil, il vérifia qu'aucune "mauvaise herbe" n'avait pollué le ruisseau, puis il but quelques gorgées avant de s'asperger le visage d'eau fraîche. Il se redressa, fit quelques mouvements pour détendre ses muscles, puis il reposa la carcasse du cerf sur ses épaules. Dès lors, il repartit d'un pas léger...
"Miriabella l'avait observé durant tout ce temps là. Et quelque chose en lui l'avait interpellée : tout, dans son attitude, sa façon de marcher, sa façon d'équilibrer son gibier sur ses épaules, de porter les mains à sa bouche pour boire... Tout, absolument tout, rappelait à Miriabella son amour perdu.
Intriguée, elle suivit l'humain jusque chez lui. Il habitait une imposante masure de pierre, nichée au coeur d'une clairière, non loin d'un village construit aux abords d'une rivière. Une humaine l'accueillit joyeusement, comme si elle était sa compagne. Piquée par une jalousie soudaine, Miriabella manqua de manifester sa présence à grand renfort de cris ; mais un bienheureux sursaut de son intelligence l'en empêcha. Et elle resta dissimulé à l'ombre d'un chêne.
Elle observa l'humain durant de nombreux jours, notant soigneusement toutes les ressemblances qu'il pouvait avoir avec Nycolah. Tant et si bien qu'à la fin, elle fut convaincue que l'humain était la réincarnation de l'elfe. Consciente que l'humain était inaccessible, elle n'en prit pas moins la résolution de lui venir en aide autant de fois qu'elle le pourrait, tel un Esprit bienveillant.... À la fois discrète et efficace...
Et c'est ainsi que Miriabella passa le reste de sa vie : à veiller sur l'humain et ses descendants aussi invisible pour eux que Nycolah l'avait été pour elle....
- C'est une histoire bien triste, dit solennellement Naia-Gwenn...
- Oui, confirma Ketsia-Gaïl. Mais elle est pleine d'enseignements aussi. Elle nous apprend, notamment, qu'il ne faut pas nous contenter de rêver notre vie, mais qu'il nous faut, au contraire, la vivre pleinement et saisir toutes les occasions de joie qu'elle nous offre.
Dans le silence songeur qui suivit, Ketsia-Gaïl vit quelques uns de ses apprentis hocher la tête en signe de compréhension. Elle laissa encore quelques secondes s'écouler puis elle donna l'ordre de préparer l'atelier pour la nuit.
Ketsia-Gaïl posa alors pensivement les yeux sur son ouvrage...
Sur le seuil d'une vieille maison, entouré par sa famille, souffrant visiblement de la famine, un humain d'âge avancé ramassait un panier plein de provisions. Étonné, il cherchait du regard son bienfaiteur. A l'ombre d'un chêne, dissimulé par un taillis, on pouvait apercevoir le visage d'une elfe qui pleurait doucement...
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