Sous la Plume

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 Twelfth Night or What you will.

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Coeur d'Encre
plume de Roselin
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Féminin Nombre de messages : 159
Date d'inscription : 12/05/2008

MessageSujet: Twelfth Night or What you will.   Jeu 27 Mai - 14:04

Feel it was such a long time ago. I barely knew Shakespeare. I knew his name, for sure. I knew some stuff about him. I had heard about Hamlet, Othello, Macbeth though I didn’t know what they dealt with. And Romeo & Juliet of course, this sanctified, O-so-well-known play. As a teenage girl studying literature, a bit romantic and loving English, I had read it, loved the story, and that was all. I had read Hugo’s joke about his name, and smiled. But I didn’t know anything else about this playwright. Nothing else. About him, his plays, his sonnets. That was until I met them. Just could never forget that day, though the sensations I felt that night begin to fade. Of course. Time flies. It was a Wednesday night, on december, the 12th. Kinda strange. For it was just a month before Twelfth Night. The Epiphany. All of that happened in this theatre, this small place I had been in only once before. My first love at first sight.

Quelques accords de ce qui semble être un clavecin résonnent. Puis une voix. Presque céleste. Un corps sort sous nos yeux de l'abîme, et nous regarde. Sans nous voir. Deux. Trois. Quatre. Cinq. Six. Sept. Et huit, enfin. Huit corps se meuvent avec grâce sur cet espace sombre, laissant tomber de leurs mains albâtre de petits morceaux d'étoiles, des cristaux de neige sur le sol. Ils sont ici. Ils sont là-bas. Ailleurs. Tandis que je me redresse sur mon siège, les yeux écarquillés, ils sombrent.

*...What country friends is this? -This is Illyria Lady...*

Ça a commencé comme ça. Avec juste des accords de cette sorte de clavecin qui n’en était sûrement pas un. Et cette voix. Quand les lumières se sont éteintes et que j’ai entendu cette musique, instinctivement, j’ai eu comme une envie de pleurer. Parce qu’elle avait pénétré au plus profond de moi, peut-être. Je ne me rappelle pas assez bien. Ça a été un choc, pas de doute là-dessus. Et il m’arrive encore en l’écoutant d’être saisie d’une émotion inexplicable, qui me tord le ventre, me fout les larmes aux yeux.
J’ai alors vu un corps sortir du noir, dos au public. Se tourner légèrement vers nous. Le regard fixe. Le regard froid.
Ils sont montés sur scène, les uns après les autres. En costume noir, identiques. Le crâne rasé. Le visage, les bras et les jambes blancs. Les yeux cernés de noir. Moving works of art. Ils se tournaient vers nous, sans nous voir. Sans nous regarder. Mes yeux, eux, étaient grand-ouverts, ma main a couvert ma bouche. Trouve-moi ridicule, si tu le désires.

Le début de ta pièce est de toute beauté. C’est juste… magnifique. J’en avais vu d’autres, auparavant, mais jamais comme celle-là, non, jamais, et depuis, bien que certaines m’aient ébranlée assez puissamment, aucune n’a eu la force de La Nuit des rois. Crois-moi.

Et puis, il y a eu le naufrage. Des bâches noires soulevées en l'air, mimant une mer déchaînée, des corps jetés au sol par la houle, un navire manipulé par le Fou bataillant sur les flots, ces miettes d’étoiles lancées en l'air par les bâches. Et la mer s'est arrêtée. Tous les corps ont glissé ailleurs, sauf celui de Viola.
La pièce a alors commencé. Succession de corps en mouvement, tous les mêmes au départ, prenant chacun un vêtement, une identité. Un marin joué par une femme, et que des hommes pour les autres rôles mais peut importe le sexe, car ils ne sont qu'un, un seul pour tous.
Quatre heures. Quatre heures assise sur mon siège. Quatre heures avec un seul entracte. Sans décrocher. Oubliant les autres, endormis, ennuyés, agacés. J’étais là.
Revenir lentement, sans parler dans sa chambre, fermer les yeux et repenser à tout cela. Se remémorer quelques phrases de Viola, le Fou, Olivia ou Orsino, chantonner ‘dans le vent et dans la pluie’, visualiser les costumes, splendides, essayer de se souvenir qui parmi les comédiens avait un double rôle, et finalement s’endormir, le sourire aux lèvres, mais toujours avec le cœur triste.
Garder son billet. Le programme du théâtre Olympe de Gouges. Etre capable encore aujourd’hui de dire à quelle place l’on était assise.

Janvier. Voir Le Roi Lear au TNT. Tomber sur Christophe/Viola à l’entracte. Sourire de la coïncidence. Tomber sur un programme du théâtre Sorano, en faisant des recherches sur la troupe. Constater que La Nuit des rois fait partie de la programmation. Y retourner, le cœur battant la chamade. Voir en allant retirer les places Frédéric/Maria/Sébastien fumant une cigarette. Lui dire deux mots, avec un sourire gêné. Noir. Musique. Même sensation indescriptible. Mêmes émotions. Simplement plus fortes. Sortir du théâtre, et se dire que bien qu’il ne soit pas loin d’une heure du matin que si là, tout de suite maintenant ils rejouaient la pièce, je retournerais immédiatement m’asseoir sur mon siège.

Conserver son billet, encore une fois. Le programme, aussi. Laisser le temps passer. La pièce décanter. Mais ne pas en sortir. Ne pas oublier. Parce que j’en étais incapable, et le suis toujours. Time flies.

24 avril 2009. Mazades. Déjà plus d’un an de passé. Depuis que j’ai vu la pièce pour la dernière fois. Une dernière fois magnifique. Se laisser porter un temps. Et puis réaliser. Plein de choses simultanément. Laisser monter à la conscience et exploser dans mon cerveau cette idée obscure que je ne voulais pas m’avouer. Et aussi, comprendre. Que partir, c’est quitter. Et que je ne le pouvais pas. Savoir ce qu’il me reste à faire. Les regarder chanter ‘quand j’étais tout petit garçon… dans le vent et dans la pluie…’. Et calculer que j’ai des larmes qui roulent sur les joues. Peut-être parce que j’étais consciente que je ne verrai plus jamais cette pièce, et que je n’ai pas su assez en profiter. Mais comment en profiter plus ?
Rester obstinément sur son siège après la fin de la représentation. Aller sur scène. Visiter les coins et recoins de ce monde fabuleux. Etudier les costumes, observer les instruments de musique bien rangés dans leur housse, ce violoncelle, cette guitare électrique rouge vif, cette trompette. Prendre dans ses mains des poignées de confettis blancs, les glisser dans la poche arrière de son jean, un léger sourire sur les lèvres, impression d’avoir quatre ans et d’avoir découvert un trésor.

Le lendemain, j’ai interverti mes vœux sur admission post-bac, mettant Fermat à la place qu’occupait Montaigne, en haut de la liste. Parce que partir, c’est quitter. Et que je ne le pouvais pas. J’ai aussi décidé que je serai comédienne, malgré tous les sacrifices que ce métier exigera de moi.

Merci Eric. Que te dire d’autre ? Je n’en ai aucune idée. C’est fou comme le langage trahit la pensée. Les mots sont des outils trop ternes, parfois. J’ai essayé de te raconter cette sorte de « passion » que j’ai eu, et ai toujours pour ta pièce, oui, je dis ta pièce, car aucune autre mise en scène ne m’a convaincue, ni ne pourra me convaincre. Le temps passe.
Tu m’as en quelque sorte ouvert les yeux sur le théâtre. C’est lorsque j’ai vu La Nuit des rois que j’ai pensé : « c’est ça que je veux faire ».


Merci Eric. Merci d’être. Je pense que tu ne pourras jamais comprendre combien ton travail, la façon que tu as d’aborder le théâtre, et vous tous comptez pour moi. D’ailleurs, je ne comprends pas moi-même.

Alors, j’ai juste envie de te dire : « Play on, give me excess of it » please.
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teliss
plume d'Alcyon
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MessageSujet: Re: Twelfth Night or What you will.   Jeu 27 Mai - 17:49

Magnifique ! Même si ce genre d'expérience est par essence incommunicable tant elle est subjective et anagogique, tu réussis à nous la faire partager partiellement, ce qui est le propre des artistes. Une telle bouffée d'illumination est inexplicable, elle fait naître un sentiment extatique qui peut se répliquer avec un peu moins d'intensité à chacun de ses éléments déclencheurs, même secondaires, comme tu l'as bien décrit. Elle s'accompagne d'une sensation d'harmonie générale dans laquelle ton destin reprend clairement sa place, qui devient porteur de ton identité profonde.

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Les deux sont dignes d'intérêt, mais le deuxième n'existe que parce que le premier est.
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teliss
plume d'Alcyon
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MessageSujet: Re: Twelfth Night or What you will.   Sam 5 Juin - 16:16

Vous voulez connaître la dernière ? Pour Coeur d'encre le programme de l'ENS ULM est tombé : livre au programme de l'option anglais : La nuit des rois! lol!
Elle a sauté comme une folle dans sa chambre pendant un quart d'heure ! L'avenir dira si c'est un hasard, un sort ou un destin ! Laughing

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MessageSujet: Re: Twelfth Night or What you will.   

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Twelfth Night or What you will.
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