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 Le gâteau des anges

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Vyvy
plume de Pelicanus
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Féminin Nombre de messages : 832
Date d'inscription : 04/03/2008

MessageSujet: Le gâteau des anges   Dim 24 Mai - 19:48

J'ai écrit ce texte dans le cadre d'un concours dont le thème était "Gourmandise". Comme vous le savez, je ne peux résister à l'appel des gourmandises, ce dont témoignent des hanches rondes!Mais n'attendons pas plus. (en plus, il s'agit d'une vraie recette)

Le gâteau des anges

La gourmandise est un bien vilain défaut, un fort mauvais penchant. Alors bannissons les douces pensées sucrées ! Ne pas blesser les papilles dans un combat inutile.
La gourmandise est un vice. Pire que cela même ! Un péché. Un péché mortel de surcroît. Sans doute ne vous apprendrai-je rien en vous disant qu’il fait partie de l’horrible index, celui qui répertorie et voue à l’anathème. Sinistre liste des sept péchés capitaux !
La gourmandise est un sacrilège. Alors, je soupire. Je soupire avec convoitise devant cette religieuse au chocolat cruellement attirante. Elle se prélasse avec ses rondeurs adorables, au milieu d’une table dressée avec magnificence. Hum ! Qu’elle est joliment dodue la religieuse ! Hum, chocolat, sucre, crème pâtissière ! Et à l’intérieur, lové, blotti dans ses flancs, la promesse d’une pâte à choux !
« Non, non, non, murmure la religieuse, tu ne me toucheras pas ! Souviens-toi, c’est un péché ! »
Et la voilà maintenant qui minaude, allume un éclat lubrique dans mes yeux implorants :
« Et pourtant, tu pourrais me porter à tes lèvres ! Tes lèvres délicieusement gourmandes m’embrasseraient avec délice ! Imagine…
Hep, ne me touche pas ! Attention, péché mortel ! »
Péché mortel ! Tu vas voir ce que tu vas voir !
J’avoue que je n’ai aucune envie de résister à l’appel de la religieuse au chocolat. Pourquoi m’infliger une telle pénitence ? Mon seul désir en cet instant ? Céder à la tentation. Mon seul désir de plus en plus évident ? Elle, la religieuse, ma religieuse, jolie et tendre gâterie, mon dessert adoré.
Oh, je ne me jette pas sur elle. Le désir doit monter doucement. Prendre tout son temps dans l’approche du désir. Les meilleurs moments, ceux durant lesquels on anticipe, on imagine le plaisir.
Alors, je la saisis doucement, ma belle religieuse. Elle se loge dans le creux de mes mains tremblantes d’excitation. Je la caresse une dernière fois du regard. Je la respire. Je m’imprègne de son odeur. Je m’enivre. Je chavire. Je me laisse aller à lécher le glaçage, promesse d’une sensation incomparable. Je ne tiens plus. Je la dévore, sans état d’âme. Aurai-je ouvert les portes de l’Enfer ? Si c’est le cas…

Selon Dante, les gloutons se retrouvent dans le troisième sous-sol de l’Enfer. Est-il fait de friandises sans fin, de mélanges d’odeurs de vanille et de cannelle ? Non, apparemment, les pécheurs ayant cédé au démon de la gourmandise se vautrent dans la boue tandis qu’une pluie glaciale leur tombe dessus. Voilà la vision dantesque ! Franchement, se délecter d’une religieuse mérite-t-il un tel châtiment ? Non, Dante s’est trompé.

Imaginons. Une vie remplie d’ascèse avec le refus de céder à la gourmandise. Même si cela fait mal, imaginons. Les portes de Paradis s’ouvrent enfin (enfin parce que toute une existence sans gourmandise doit paraître bien longue !). Et là, dans un nuage léger et aérien, pas le moindre carré de chocolat, même pas du chocolat blanc. Pas la moindre friandise. Seulement une douceur ouatée sans aucune odeur, sans aucune saveur. Un palais, un palais aseptisé, juste une cantine de pensionnat.
Chacun se présente avec son plateau et attend la nourriture divine, frugale, sans goût, sans saveur, mais au moins saine. Euh pardon, sainte !
Les anges, les employés du réfectoire, ont leurs ailes protégées par du cellophane et leurs beaux cheveux sont écrasés par des chapeaux en papier jetable. Respect total des règles de l’hygiène !
Eh bien, génial ! Toute une vie de privations pour atterrir à la cantine céleste ! Paradis de murs au carrelage blanc ! Cela valait bien la peine de renoncer aux religieuses ! Et pire encore, d’avoir feint le dégoût devant les délicieux petits pets de nonne !

Non, non et non ! Je dis non ! Je me persuade que le Paradis est le refuge de la gourmandise. Ne le surnomme-t-on pas le jardin des délices ? Un jardin, immense, fantastique, fleuri d’incomparables et ineffables jouissances !
Les anges sont de « bons vivants », et surtout de grands chefs pâtissiers. D’ailleurs, sur Terre, ils ne peuvent s’empêcher de toucher par la grâce certains êtres humains. Ils leur soufflent de belles recettes. Qui sont ces privilégiés ? Un exemple. Connaissez-vous Olivier Bajard ? Meilleur Ouvrier de France, Champion du Monde. Ah, Olivier Bajard ! Avez-vous déjà goûté un de ses macarons framboise-litchi ? Non ? Alors là, vous ratez quelque chose ! C’est absolument divin ! Divin, il n’existe pas d’autres qualificatifs. Et je peux vous certifier que croquer un deuxième macaron ne vous conduira pas au troisième sous-sol de l’Enfer. Une telle douceur, une telle merveille, ne peut être que l’avant-goût du Paradis.
Quand enfin les chérubins ouvrent les portes du Paradis, une mélodie céleste accueille les gourmands. Une table immense les attend. Arrive alors le moment du banquet. Prévenants, empressés, les anges, avec tout leur amour, avec toute leur joie de vivre pour l’éternité, servent des mets extraordinaires.
Une fois les âmes rassasiées, elles obtiennent enfin toutes les réponses aux plus grands mystères. Magnifiques révélations, et surtout la plus belle, la plus savoureuse. Quelle est-elle ?
Une pâte onctueuse, voluptueuse :
-crème fraîche, évidemment entière et épaisse ;
-farine blanche et vaporeuse ;
-sucre, parce que le sucre est sacré ;
-et des œufs pour lier le tout.
Il suffit de mélanger tous ces ingrédients avec patience et passion jusqu’à la touche finale. Petite visite rapide sur Terre pour en ramener les deux traits de Cointreau qui donnent cette saveur incomparable au gâteau qui se prépare.
Le paradis est équipé de fours, mais bien sûr de fours célestes, chaleur tournante, jamais infernale. Cuisson impeccable : la pâte gonfle, blondit, des bulles en surface éclate de joie.
Et l’odeur, cette odeur ! Alléchante, déjà si savoureuse.
Au final, un cadeau pour les âmes gourmandes qui bénéficient en sus d’une récompense éternelle : une confiture de fruits célestes, cuite au chaudron, à étaler sur le gâteau, le gâteau des anges.

La gourmandise est une vertu, l’antichambre du Paradis.
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Danouette
plume d'Hypolaïs
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Date d'inscription : 12/08/2008

MessageSujet: Re: Le gâteau des anges   Dim 1 Nov - 16:50

Bravo Vyvy j'ai adoré ton texte, et il me parle, je suis une gourmande invétérée !!! Merci de nous l'avoir fait partager.

I love you
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Danouette
plume d'Hypolaïs
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MessageSujet: Re: Le gâteau des anges   Dim 1 Nov - 17:29

Pliée de rire Smile

On se lève tous pour Danouette Danouette ...

Very Happy
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MessageSujet: Re: Le gâteau des anges   

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