Sous la Plume

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 La ballade d'Arthur Rimbaud (Vyvy / Andy)

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andy
plume d'Ibis
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MessageSujet: La ballade d''Arthur Rimbaud (Vyvy / Andy)   Mer 6 Aoû - 17:40

La ballade d'Arthur Rimbaud ( novelette Vyvy / Andy )


Samuel, sans s'en douter, sans même oser l'imaginer, allait renoncer, sans douleur, à ses dernières innocences.

Pour l'instant, il lit avec sa coutumière désinvolture, les commentaires rédigés à la plume rouge dans la marge de sa copie. Comme d'habitude, la note se situe en-dessous de la moyenne. Il faut dire aussi que, comme d'habitude, il n'a pas pris la peine de travailler, ne serait-ce qu'un minimum, son devoir de géographie. Il n'aime pas la géographie! Et il affiche maintenant un air qu'il croit insolent et désabusé mais qui ne le rend que bêtement tête à claques! Cette attitude lui permet surtout de dissimuler son dépit. Il est vexé le petit Samuel! Il relève son visage encore poupin aux tendres et craquantes joues roses pour regarder son enseignante. Elle circule tranquillement dans les rangs de la classe aux effectifs surchargés. Elle parait "noyée" dans les odeurs pesantes de cette fin de journée: c'est comme si les élèves avaient fini par se déchausser pour se sentir plus à l'aise! Bref, la salle, pour l'heure, s'appesantit d'odeurs lourdes, franchement pas très agréables. Un court instant, Madame R. croise le regard de Samuel avec une merveilleuse indifférence et elle ne s'attarde pas près de lui. Tant pis! Il sait qu'il l'agace! Pourtant, en réalité, sous sa petite allure d'adolescent blasé, il l'aime bien sa "prof" à l'immense patience.


Et en lui, le dialogue psychique reprend. Il avait pris l’habitude de parler ainsi avec lui-même, aux toilettes, le soir dans son lit, dans des instants d’évasion pendant les cours… Il se plaît à s’écouter parler dans ce soliloque intérieur, où il se donne des explications qu’il connaît déjà. Souvent, les mêmes raisonnements ont été récités avec exactement les mêmes phrases à plusieurs reprises les jours précédents, mais il n’en a cure, cela a quelque chose de rassurant de se faire ré-expliquer toutes les conditions et les principes du monde qui l’entoure. Il y a encore tant de choses qu’il ne comprend pas ! Aujourd‘hui, le dialogue porte sur sa prof. « Non seulement ta prof, tu l’aimes bien, mais encore tu l’aimes beaucoup! C’est exactement comme en 6ème avec la petite Manon : tu n’arrêtais pas de l’embêter, de la critiquer, faire le désagréable avec elle, parce que tu subissais une attraction que tu ne t’expliquais pas, et pire tu ne trouvais que ce moyen de manifester ton attention ! »

Il revient à la classe pour observer sa prof en train de répondre aux questions des élèves pinailleurs, ceux qui ne se ruinent pas dans un travail soutenu, ni même infime d'ailleurs! Par contre, ils contestent toujours leurs notes avec une souveraine mauvaise foi. Rien de tel pour faire marrer Samuel! A l'inverse, certains de ses camarades interviennent pour demander des explications approfondies alors que leurs résultats avoisinent l'excellence. Là, par contre, rien de tel pour agacer Samuel!

Il admet dans son for intérieur que Madame R. l’a toujours noté très justement, pour ce que valait exactement sa copie. Mais dès le départ, il lui a semblé qu’elle lui donnait des mauvaises notes à contre-cœur. Ou était-ce pure imagination ? Car rien dans son attitude ne pouvait lui laisser penser, pas même un simple reproche muet dans son regard.

« Mais toi, inversement, t’es-tu demandé si tu avais laissé transparaître une attention particulière vis à vis d’elle ?! »
Il est pris d’une gêne à rentrer sous terre : et si ses camarades s’en étaient rendus compte ? Tout sauf paraître ridicule ! Il les observe à la dérobée, non ils sont tout occupés par leur copie. Non, ils ne se seraient pas privés de le moquer depuis tout ce temps, après plus d’un mois de la rentrée …

Bon, maintenant, il s'agit de capter l'attention de Madame R.
Samuel remue bruyamment ses feuilles. Elle ne le regarde toujours pas. Il n'existe pas... Elle est en train de se pencher vers une des filles de la classe pour lui expliquer avec douceur et indulgence les erreurs commises. Il se perd dans la contemplation de l'adolescente. Il faut bien l'avouer, elle est vraiment jolie, certes très maquillée, ses lèvres savamment brillantes même en fin de journée, avec son brushing impeccable et son décolleté dans lequel s'abandonne, troublé, son voisin de table. Madame R. , elle, porte un jean et un simple tee-shirt. Un foulard dénoué encadre son visage pâle, jamais fardé. Ses cheveux raides et fins ne paraissent pas maîtrisés. C'est bien, pour Samuel, tout ce qui fait son charme! Il se pose d'ailleurs des questions: laquelle des deux, l'élève ou l'enseignante semble la plus jeune? Laquelle des deux l'entraînera vers ses dernières timidités?
Quand, enfin, la voix de Madame R., s'élève pour couvrir les bavardages et reprendre le cours, Samuel sait qu'il s'apprête encore une fois à frissonner de plaisir. Il succombe à ce timbre grave et intense, un peu cassé tout de même en cette dernière heure de la semaine. Alors, pendant un court instant, il ferme les yeux, bercé, concentré. Pas sur la leçon évidemment, rappelons-le, Samuel n'aime pas la géographie et encore moins l'histoire! Non, ce qu'il aime, c'est cette voix voluptueuse qui l'emporte sur les sentiers les plus intimes de son être. Il s'en imprègne, sentant la caresse, une fois encore, comme toujours... Mais il perçoit subitement sa présence près de lui, son parfum léger qui rafraîchit enfin l'atmosphère surchauffée de la salle de classe. Ah, doux émoi d'adolescent...
Vite, ouvrir les yeux, s'arracher à la musique de la voix, trouver une contenance, faire semblant de feuilleter avec fébrilité sa maigre et affligeante copie! Et là, Samuel remarque enfin ce qui lui a échappé. Il ne reconnaît pas l'écriture. Des mots tracés à l'encre rouge se mettent à danser, à virevolter. La calligraphie superbe égrène une sublime mélopée aux inflexions profondes. Le sens de chaque terme se dérobe. Pourtant, l'ensemble constitue une parfaite harmonie chargée d'une nostalgie intense, belle, si belle.

"Faim, soif, cris, danse, danse, danse, danse!" (1)
L'air soudain pur pénètre avec vigueur dans les poumons de Samuel qui prend une inspiration en se rejetant sur le dossier de sa chaise. Il voit des paysages grandioses: un acacia parasol domine avec majesté la savane qui disparaît pour dévoiler les chutes fumantes du Nil bleu. Il reconnaît chaque endroit, comme un souvenir enfoui depuis longtemps mais dont il aurait perdu conscience. Il est pris d'un vertige qui, maintenant, le projette loin, très loin, dans les dunes de velours du Sahara. Leurs caresses le déposent tout près de son enseignante qu'il retrouve devant lui, le regardant avec un drôle de sourire:
"Samuel, vous vous êtes endormi!"
Toute la classe éclate de rire. Mort de honte, Samuel est mort de honte! Et forcément, la transe retombe avec le fracas du désastre. Il ne désire plus à présent qu'entendre la voix au timbre chaud sans chercher à comprendre l'instant magique qu'il vient d'éprouver. Parce qu'il en est sûr, il ne dormait pas, seules ses dernières innocences l'abandonnaient.

« Non, tu ne dormais pas, et cette fois-ci, cela n’a rien à voir avec nos petits moments d’introspection que nous avions jusqu’à maintenant… »

Madame R. se dirige vers son bureau, délaissant Samuel encore enivré de ces contrées immenses et mystérieuses remplies de splendeurs. Elle reprend son cours avec détachement, ressassant par habitude chaque phrase. Pour une fois, elle ne cherche pas à intéresser sa classe ni même à lui faire comprendre quoique ce soit sur les prétendus flux de la mondialisation. Toutefois, elle s'emporte en dénonçant la situation de certains pays africains écartés des échanges, abandonnés à eux-mêmes sans que nul ne s'en inquiète au nom du simple profit. Puis elle s'éteint à nouveau devant le manque de réaction de ses élèves. Samuel voudrait à ce moment la serrer contre lui, la respirer, retrouver la transe. Il réalise la solitude de celle qui s'efforce de leur donner un brin d'humanité à chaque heure passée dans sa salle de classe. Il la regarde, ardent, brûlant, désirant encore la communion, l'extase...

(à suivre)

Vyvy / Andy


1) Arthur RIMBAUD, Une saison en enfer, 1873.
2) Rokia TRAORE, Kélé Mandi, album Bowmboï


Dernière édition par andy le Jeu 7 Aoû - 18:41, édité 3 fois
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andy
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MessageSujet: Re: La ballade d'Arthur Rimbaud (Vyvy / Andy)   Mar 7 Oct - 17:57

(suite)

Quand la sonnerie retentit, chacun se précipite vers la sortie. Madame R. range ses affaires éparpillées avec désordre sur son bureau. Elle semble égarée et ne lève pas la tête vers Samuel qui s'applique à traîner en attendant que tous soient partis. Il tente de s'approcher d'elle. Il est convaincu qu'il vient de partager avec elle une exceptionnelle expérience. Fasciné et fiévreux, il tient toujours dans sa main sa copie, pauvre et pitoyable, mais magique. Il quémande une explication rationnelle. Au fond de lui, il supplie. Il voudrait tant être à nouveau transporté dans les confins de sa conscience. Il n'entend que, dans un vague voile, cette voix tant chérie. IL ne perçoit que des mots extraordinairement musicaux:
"L'initiation commence à peine Samuel. Il faut seulement l'espérer avec une infinie patience en acceptant un retour aux origines, celles du berceau de nos vies."
Tout cela résonne sans que Samuel ne puisse comprendre. Il marche dans le mystère. Et de toute façon, l'infinie patience n'existe pas quand on a dix-sept ans.



Et il marche, il marche vers la sortie aussi, vers la liberté qui lui est si chère. Enfin le week-end ! A chaque fois, c’est comme si une autre page commençait. Sa vie au lycée et sa vie à l’extérieur avaient toujours été comme dans deux mondes indépendants. Il s’étonnait toujours de voir combien pour ses camarades, ces deux mondes ne faisaient qu’un, combien ils continuaient de communiquer, d’avoir toutes sortes d’activités ensemble, et comme si c’était exactement la même vie qui continuait à l’extérieur du Lycée. Pour lui, il n’en était rien…

Le week-end s'annonce morose. L'automne doucereux n'en finit pas et laisse une désagréable sensation de moiteur sous un ciel nuageux et trop bas. La grisaille ambiante qui cerne Samuel ressemble à un fardeau qu'il a envie de déposer. Respirer, respirer... Il se rappelle sans cesse des couleurs irréelles et oniriques de son étrange voyage de la veille. Il reste hanté par des sentiments confus. Il lui semble entendre la voix délicieusement grave de Madame R.
Qu'as-tu donc Samuel? Que t'arrive-t-il? Quelle force a pris possession de toi? Es-tu en train de perdre ton âme?


« Ce n’est plus comme avant, tu ne peux plus te libérer, et laisser vagabonder tes idées et tes envies !
»
« Non, ce n’est pas exactement cela … »
En y réfléchissant mieux, il réalise que ces toutes dernières semaines, sa vie est devenue comparable à une spirale en expansion, dont l’extrémité découvre toutes sortes de choses nouvelles. Mais comme un ressort qui soudainement se détendrait, dès que cette extrémité trouve quelque chose d’exquis, cela le ramène inexorablement vers le centre, vers madame R…

Il quitte son soliloque.

Car une autre réalité s'empresse de le rattraper cruellement. Il marche, il marche, les poings serrés dans les poches de son baggy. Les rues de la ville résonnent de mille bruits, brouhaha dans lequel des passants s'évanouissent, sans visage. Il pense alors à Arthur Rimbaud, un des seuls poètes qu'il connaît parce que sa mère en avait placardé l'affiche sur les murs de sa chambre quand il était plus jeune. C'est drôle mais il est persuadé à ce moment de connaître son oeuvre. Il l'a déjà entendue, par bribes, il en est certain! Samuel se sent redevenir l'adolescent insipide, mal dans sa peau, essayant de s'affirmer dans des attitudes d'enfants faussement rebelles et surtout gâtés, gâchés par l'interminable consommation imposée. Et encore, il a de la chance: il n'est pas boutonneux! Donc, pas d'impératif de l'indispensable produit miracle anti-acné vanté par les spots publicitaires, produit qui agresse violemment les épidermes rougissant par plaques disgracieuses! Inutile ainsi pour lui d'arpenter, la démarche dégingandée, les rayons des grandes surfaces aux néons rendant le teint blafard.

(à suivre)
Vyvy / Andy
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andy
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MessageSujet: Re: La ballade d'Arthur Rimbaud (Vyvy / Andy)   Dim 24 Mai - 0:59

Samuel traîne, désoeuvré. Que ce samedi après-midi semble long! Il regarde les vitrines orangées, décorées pour cette fête d'Halloween dont la symbolique lui échappe. En cela, il ressemble à chaque jeune Français qui se déguise pourtant, pour cette occasion consommatrice, en épouvantail. Perspective pour s'éclater: la "teuf", une soirée de franches rigolades artificielles! Et allez hop, la chenille redémarre sur un rythme remixé! Stupide! Et surtout, bien anesthésiant! Mais au moins, Samuel se prend à sourire et surtout à rêver. IL souhaite se mettre en marge de la pensée bassement matérielle. Et il veut séduire celle qu'il aime, le plus secrètement possible bien sûr, pour ne pas déroger aux codes imposés par la morale ambiante! Quelle morale après tout? Et puis après tout, est-ce moral de toujours se situer dans les circuits de la mondialisation pour la rentabilité, quitte à laisser sur le carreau des populations entières? Est-ce moral de déposséder ces mêmes populations pour cultiver du soja transgénique sensé préserver la santé de ces dames occidentales fuyant la vieillesse comme s'il s'agissait d'une terrible maladie? Mais pourquoi Samuel se pose-t-il de telles questions? La morale désormais, il s'en balance! Il veut à présent "s'encrapuler". Tiens, pourquoi ce verbe d'antan lui vient-il à l'esprit?

Maintenant, il aurait bien envie de boire une bière. Par réflexe, il se laisse guider par ses pas vers le pub irlandais, endroit à la mode et de bon ton pour rappeler une culture soi-disant celte. A vrai dire, les jeunes gens automatisés et formatés viennent s'enivrer en jouant aux fléchettes, tradition irlandaise oblige. Parvenu aux abords du pub, Samuel réalise qu'il obéit à un code influencé et il préfère finalement n'importe quel petit bar! Il laisse faire le hasard. Il déambule et finit par s'arrêter devant un petit bistrot d'un autre âge. Jamais jusqu'ici, il ne l'avait remarqué. Il pénètre à l'intérieur, entend une musique qui ne ressemble en rien aux variétés braillardes habituelles. Et d'où vient cette odeur suave et capiteuse d'épices? Il ne la reconnaît pas. Il se concentre cependant et un passé lointain semble surgir du plus profond de ses souvenirs. Ces voyages intérieurs commencent à être de plus en plus présents. Il existe bel et bien une mémoire des parfums mais il ne peut les nommer: juste une impression confuse, pourtant tellement familière. Juste une vague réminiscence dans laquelle il se grise de plaisir. Voilà qu'il est attiré par la discussion de personnes assises dans le coin de la salle à peine éclairée par une lumière tamisée et apaisante. Il identifie, presque sans surprise, Madame R., au milieu d'elles. Elle parle de manière exaltée, rejette sa tête en arrière, les traits étonnamment mobiles et expressifs. Et elle rit! Eh, mais elle est bien trop près d'un type d'une banalité consternante! Quelle mauvaise foi ce Samuel! Regarde comme ce quadragénaire possède du charme! D'accord, d'accord...L'adolescent rejoint le groupe sans hésistation , salue Madame R. de son petit air impertinent. Finalement, il s'étonne de son audace. Dernière timidité! Il se rassure quand son professeur l'invite à s'asseoir. Il se sent gauche mais il rayonne de bonheur. Encore mieux, il s'installe entre le bonhomme et elle.


Il s'efforce de suivre la conversation tant il désire plaire, puis il finit par s'y intéresser vraiment, avec passion même. Les propos des adultes ont donc un sens! Ils refusent le monde, rejettent les lois imposées par la société, refusent de se couler dans le libéralisme qui dicte les pensées vers des désirs purement matériels. "L'éthique du capitalisme, mais quelle idiotie, intervient Samuel" Mais comment a-t-il pu faire cette remarque? En plus, tout le monde l'approuve tandis que Madame R. lui sourit. Qu'est-ce qu'elle est belle! Mais il apprend qu'elle veut partir pour se reconvertir. Elle affirme en avoir assez de ces élèves formatés à qui on empêche d'exercer une pensée libre. Elle ne souhaite plus cautionner par son enseignement la formation de ce qu'elle appelle la "non-pensance". Tiens, elle invente des mots! Quelle merveille! Et elle ajoute qu'elle ne supporte plus de corriger des copies d'une triste médiocrité sans forme et sans syntaxe. Pendant ce discours, Samuel, peu à peu, sent la musique qui l'envahit. Il se perd à nouveau dans la voix avec délice. Mais il redoute aussi le départ qu'elle annonce. Alors il ne sombre pas, il veut la retenir près de lui, la ravir pour qu'elle ne puisse lui échapper, pour que l'extase ne s'évanouisse jamais. Les mots notés sur sa copie se remettent à danser et Samuel les récite brusquement:
"Le plus malin est de quitter ce continent, où la folie rôde pour pourvoir d'otages ces misérables. J'entre au vrai royaume des enfants de Cham." (1)
Madame R. se retourne vivement vers lui, son drôle de sourire éclatant d'une joie insondable:
"Oh Samuel, les mots t'habitent!"
Elle le tutoie pour la première fois. Il ne peut se détacher d'elle et il lui murmure:
"Moi aussi, je veux faire autre chose et moi aussi, je veux partir...avec vous d'ailleurs. Je sais, ça ne se fait pas..."
Petit Samuel, que tu es mignon quand tes joues s'empourprent! Mais regarde les ces adultes! Un silence amusé parcourt la tablée. Il n'a plus qu'une envie, celle de disparaître tant il se sent ridicule. Le charme est rompu par sa remarque désespérément puérile. Et l'autre là, celui qui se pavane près de Madame R., qui éclate de rire en plus, finissant de meurtrir le jeune garçon:
"Eh, le môme! Tu fantasmes là! Tu sais que Milène ( elle s'appelle donc Milène son adorée! ) a quand même de l'avance sur toi et qu'elle pourrait être ta mère! T'as pas honte?"
Et voilà, le mâle jaloux qui n'oublie pas les règles obtuses de la morale quand cela l'arrange! Ah, l'adulte enfermé malgré lui dans son éducation qui revient au galop pour juger et déterminer ce qui est bien ou mal au nom de la géhenne éternelle! Samuel se prend à le haïr mais fasciné, il voit Milène se tourner à nouveau vers lui avec un regard qui le transperce:
"Ne l'écoute pas Samuel! A dix-sept ans, tu as le droit de rêver, d'avoir des envies. Tu es, j'en suis sûre, un être exceptionnel qui a enfoui sa vie antérieure aux parfums africains."


Parfums, sons, couleurs ...
Ça y'est , encore cette impression de tout connaître Rimbaud ! Le sonnet des voyelles colorées scintille à mon esprit comme de l'eau de roche.


Mais Samuel ne comprend plus rien, n'est pas persuadé de son exceptionnalité, se sent de plus en plus ivre. Il entend son coeur qui se serre à lui faire mal pendant que Milène se lève en lui prenant la main. Elle l'invite à quitter l'endroit. Le contact le réchauffe si fort qu'il ressent une brûlure à la limite du soutenable. En même temps, il se trouve fort et fier de se tenir si près de cette femme tout de même fantasque et incompréhensible. Peu importe. Il est à présent convaincu qu'il la connaît depuis toujours et ce moment n'est que celui de leurs retrouvailles après des siècles de séparation.

à suivre
Vyvy / Andy
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