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 Lettre à ma mère

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Poèmes de Pat
plume de Colibri
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MessageSujet: Lettre à ma mère   Jeu 17 Avr - 14:55

« Il est ridicule le petit oiseau dont on tué la mère. Sur sa branche il fait son chant de mort, son piou piou monotone et inefficace » (Albert Cohen, le livre de ma mère).

Il est des êtres clairs comme du cristal, des être purs comme l’eau des sources, qui passent leur vie entourés de vertu, enveloppés d’un manteau gracieux, que n’osent effleurer ni les ténèbres des soirs qui tombent, ni les meurtrissures de la vie.

Il est des êtres si beaux qu’on les croit irréels.

J’ai vécu au soleil d’une mère semblable, captive de son regard bleu-clair, docile à la caresse de sa main fine, consciente de sa silhouette élancée ; elle si rayonnante et si fière qu’on ne pouvait que la contempler, si divine et si altière qu’il nous fallait vivre dans son sillage. Elle était semblable à ces fées des rêves enfantins qui détiennent maints secrets dans le creux de leur main ; j’ai vécu dans la pleine lumière mes journées d’enfant, à l’aura de cette mère irréelle.

A la fois douce et rieuse, d’une sensibilité si grande que la vie semblait, auprès d’elle, une gerbe parfumée d’où s’exhalait toute une pléiade de muses ainsi nommées, celle de la musique et de la poésie, celle de la danse ou de la peinture.

J’entrais parfois dans son sanctuaire, gynécée aménagée dans un goût raffiné, ou brillaient les broderies, ou étincelaient les joyaux, ou régnait ce parfum aux essences suaves, dont elle savait toujours s’entourer : il y avait là tout un monde de mystères, elle était l’allégorie même de la Féminité.

« L’enfant est immortel car il ne sait rien de la mort »(Hölderlin )

Mais moi, je la voyais venir à mille détails qui font ternir une étoile et mon cœur se serrait à cette vision profonde de l’échéance sûre qui allait arriver. La mort se découvre par intime conviction : l’enfant est tout instinct, il ne peut se tromper.

Infinitésimale partie du Monde Universel, de l’Ensemble Vivant qui se renouvelle et qui pressent toute chose bien avant l’Humain, il est aussi ce vouloir-vivre schopenhauerien.

J’avais perçu bien avant tous les autres les vagues houleuses et les grandes secousses qui nous la détruiraient. J’ai crié ma colère contre Dieu, de toute la force de mes petits poings fermés. J’ai pleuré mon désespoir et ma peur de la perdre, mais je serrais si fort le fil tenu qui la rattachait à la vie, je veillais tant sur elle, nuit après nuit, je perdais tant mon énergie pour la lui donner que, peu à peu, de ma main à sa main, passa le fluide de la Vie.

Nouvelle naissance, nouvelle genèse, à l’instar de celle exprimée sous les voutes Sixtine où Michel-Ange peignit l’essentiel de la Création divine, dans cette attitude symbolique des deux mains l’une vers l’autre tendue.

Et moi, toute petite, et moi, toute menue, dans ma conviction enfantine, c’est seule que je suis parvenue à l’arracher à la volonté divine, à ce verdict de mort tranché par le Très-Haut.

Nous l’avons gardée pour nous seuls, des années, comme on garde un joyau, jusqu’à ce que le Ciel, jaloux de ce bonheur, nous la rappelât à nouveau.

Je n’avais plus la force de l’enfant d’autrefois, cet affront instinctif de redonner conscience, de redonner la Vie.

Adulte mûre et sensée, sachant la mort venir au bout de la Terrible Maladie, je n’ai fait que m’incliner.

Ô Dieu : Tu m’as accablée.

« Tu es morte, je le sais. Et pourtant je sais que quand j’aurai mal dans mon corps, ou mal dans mon âme et que je ne pourrai plus feindre d’être d’acier, c’est ton nom seul, Maman, que j’invoquerai… (Albert Cohen. Le livre de ma mère).
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